1.000 km

Cartes 2015 (15) Soit il y a manqué de mômes, soit il y en a trop d’écoles

infant-centr

L’Encuesta de Infraestructuras y Equipamientos Locales est une opération statistique périodique en Espagne, qui sert pour connaitre l’état des infrastructures et équipements des municipalités de moins de 50.000 habitants. D’après l’Edition 2013 (la plus fraichement disponible, qui ne couvre pas certaines provinces de la carte comme Huelva et Madrid, au moins pour ce sujet), voici la proportion par municipalités entre places disponibles dans les crèches et élevés inscrits. Carrés rouges moins de 40%, triangles orange de 40% a 60%, et losanges bleus au dela de 60%. Sans besoin de passer aux valeurs absolues (souvent dépressives), ceci laisse voir clairement que le problème de la désertification humaine du centre de la péninsule ibérique persiste. Même s’il est clair que le manque de données de Madrid en 2013 fausse la carte (vous n’avez qu’a voir les bleus tout autour)…

Rien que pour laisser ma position claire, le titre n’est qu’un titre, le problème est bien plus complexe… et pas seulement une question espagnole.

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Cartes 2015 (12) Voir la télé en Italie

grande fratello

Design Density est un laboratoire de recherche du Département de Design du Polytechnique de Milan. A un moment donnée, la revue Link, de Mediaset, leur a proposé pour son numéro 10 un travail spécial de visualisation des données sur comment les italiens consomment la télévision. Depuis la première saison de Big Brother et ses chiffres d’audience par régions (assez liées aux origines des joueurs les plus suivis) a d’autres questions comme les « roses des vents » horaires de l’audience des chaines. Tout ça peut être consulté sur un groupe flickr.

Cartes 2015 (11) Vues du monde pendant la décennie 1940

L’histoire de Richard Edes Harrison est intéressante : un dessinateur qui devient cartographe pas en raison de connaissances en la matière, mais plutôt par sa capacité de synthétiser une information complexe pour les gens courants. A un moment (la deuxième guerre mondiale) ou l’aviation se présentait comme la technologie qui transformait la perception des distances, ses cartes présentaient au public des Etats- Unis des projections et perspectives qui, s’éloignant de la traditionnelle de Mercator, permettaient de mieux comprendre les évènements en cours.

Les articles de Timothy Barney et Kenneth Field sont illustratifs.

Catalyseurs du changement (10) Bidules

Quelque part dans l'ouest de l'Espagne: les arbres fruitiers en bas de l'image ont leurs tuyeaux d'irrigation en position bien visible.

Quelque part dans l’ouest de l’Espagne: les arbres fruitiers en bas de l’image ont leurs tuyeaux d’irrigation en position bien visible.

On pourrait dire que l’heure de l’extension du domaine de la lutte est arrivée : a un moment ou les frontières entre urbain et rural deviennent de plus en plus floues en termes de demandes sociales, au moins en Europe, certaines choses peuvent catalyser le changement dans les deux sphères.

Les lois européennes (et pas seulement les européennes, mais elles sont plus proches pour moi) instituent des droits des citoyens sans différences entre urbains et ruraux ; la citoyenneté, en dépit de son étymologie plutôt partisane en ce sens, est une seule. Mais la force des faits qui imposaient jusqu’ici les difficultés du transport et des communications impliquait des différences dans les aspirations des habitants des zones rurales, pour lesquels l’accès a certaines choses était presque impossible, et c’était accepté. Pendant les dernières décennies les habitants des zones rurales, en premier avec la motorisation, plus tard avec la télévision, et plus récemment avec internet, ont acquis des plus grandes chances d’accès a pas mal de services, mais il y a aussi eu une évolution de leur vision de la vie urbaine. C’est encore diffèrent de vivre dans un petit village de 250 habitants dont la moitié dépasse les 60 ans, mais certaines choses sont intégrées comme droits au même niveau dans les deux types de territoire. Et les modes de consommation tendent a se rapprocher au même rythme que baisse la population habitant les campagnes. Ceci est un catalyseur de changement territorial, que ce soit pour du bien ou pour du mal.

Dire que la campagne se technifie en recherchant des améliorations du rendement n’est acceptable que si l’on parle d’une perspective de millénaires ; l’amélioration du rendement a toujours été un but pour le cultivateur, malgré la vision bucolique qui ont certains urbains. Le bruit constant dans les « pays développées » sur le concept des villes intelligentes, avec des capteurs partout, semble parler de l’avenir, mais c’est assez proche de ce que l’on fait aujourd’hui dans des campagnes avec des systèmes d’irrigation sophistiqués. On a tous vu les grands cercles des systèmes d’irrigation par pivot, mais la micro-irrigation par goute a goute, moins impressionnant vu de l’air, implique une grande efficacité, et la possibilité de mécaniser les récoltes dans certains cas change pas mal de choses.

Ce n’est pas que les urbains se passionnent pour les sites web consacrées aux engins de culture, mais plutôt les échanges d’information entre les ruraux sur leurs outils de travail sont presque les mêmes qu’entre professionnels urbains. Quand les cultivateurs cherchent la façon de bricoler l’ordinateur de bord de leurs moissonneuses-batteuses, comme signale un article récent sur Wired, il y a un changement dans l’air. Je ne sais pas si cela peut influencer l’architecture et le paysage, mais il pourrait bien y avoir un impact.  Et ce n’est qu’un essai, réduit mais intéressant, sur ce qui vient avec les villes intelligentes : certes, gérer l’eau et l’électricité des machines agraires est un but limité, mais pas mal des initiatives « smart » que l’on présente ne vont pas bien au-delà de la gestion d’un nombre restreint de services…

Cartes 2015 (10) Inégalités de revenu personnel en Espagne

Fedea (Fundación de Estudios de Economía Aplicada) est une entité d’analyse économique financée par un large groupe de grandes entreprises espagnoles. En novembre 2014 elle a publié l’étude « Revenu personnel des municipalités espagnoles et sa distribution » (Miriam Hortas Rico et Jorge Onrubia Fernández). Le site web de Fedea intègre deux cartes ou il est possible de voir, par municipalités, le revenu et l’inégalité selon l’index de Gini (le plus proche a 1 est le plus inégal).  Les données d’origine sont les micro données sur l’Impôt du Revenu des Personnes Physiques en 2007, pour les 1.109 municipalités dépassant les 5.000 habitants, et le projet serait d’étendre la série dans le temps.

Carte originale de Fedea sur la distribution du revenu (accedez au hyperlien, vous pouvez faire zoom et obtenir des données en detail pour chaque municipalité sur le site original)

Carte originale de Fedea sur la distribution du revenu (accedez au hyperlien, vous pouvez faire zoom et obtenir des données en detail pour chaque municipalité sur le site original)

L’usage d’un gradient d’une même tonalité ne facilite pas la lecture ; le plus important dans la carte est, comme toujours, la donnée sous-jacente, mais je crois qu’il y a des façons plus claires d’exprimer le contenu, qui est préoccupant (il est bon de rappeler que ce sont des données de 2007, et la crise n’a rien fait pour ameliorer la situation). Et c’est ce que j’ai essayé, partant des données de base publiés sur le site web. Les cartes montrent des quintiles.

Revenu par personne, moyenne municipale. C'est clair, l'Ouest et le sud sont moins bien lotis.

Revenu par personne, moyenne municipale. C’est clair, l’Ouest et le sud sont moins bien lotis.

Gini par municipalité. La côte mediterranéene semble plus inegale; les banlieus sont apparament plus egalitaires (ce n'est qu'une premiere analyse regardant la carte).

Gini par municipalité. La côte mediterranéene semble plus inegale; les banlieus sont apparament plus egalitaires (ce n’est qu’une premiere analyse regardant la carte).

Part du revenu correspondant au 1% mieux loti. Dans la large majorité des municipalités ils sont en dessus de 10%, mais il y a quand même un nombre important de points rouges.

Part du revenu correspondant au 1% mieux loti. Dans la large majorité des municipalités ils sont en dessus de 10%, mais il y a quand même un nombre important de points rouges.

Cartes 2015 (7) Consommation au-delà de l’horizon

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Certaines cartes n’arrivent pas a transmettre tout ce qu’elles comportent sans les données associées ; c’est l’exemple d’une carte web proposée par la Wildlife Conservation Society, qui décrit comment chaque pays du monde agir sur les autres en termes de consommation de ressources environnementales (données de 2005) ; et chacun peut consulter comment son pays agit. L’Afghanistan ou Cuba ont une empreinte bien différente des pays européens, quoique certains résultats semblent étranges (l’Espagne ayant une forte influence sur le … Liberia ?). L’option « global » montre comment la planète agit sur elle-même.

Biblio (116) Evolution des empreintes de l’approvisionnement alimentaire de Paris entre les XIXème et XXIème siècle

Chatzimpiros

Voici la thèse doctorale de Petros Chatzimpiros (ingénieur et spécialiste en environnement, actuellement professeur universitaire de Géographie), soutenue en juin 2011 devant l’Université Paris Est. L’auteur concentre son attention sur l’approvisionnement en viandes et lait.

La méthode d’analyse consiste en une étude d’empreinte spatiale, utilisation des eaux et flux d’azote. D’après les conclusions, depuis le début du XIXème siècle la surface de production s’est vue divisée par six pour des consommations similaires de viandes et lait a cause des améliorations dans la production, mais au cout de doubler la consommation d’eau et de multiplier par trois l’intensité d’usage des sols.

Tout comme Pikety s’est appuyé sur des longues séries de revenus, ici on utilise des longues séries de données environnementales et économiques.

Cartes 2015 (2) La panne de la bulle

Comme j’ai déjà annoncé il y a quelques jours, l’argument central du blog cette année sera le grain de la ville ; c’est-à-dire, comment se constitue le détail que l’on voit dans l’espace urbain par un cumul de circonstances. Les ordonnances des bâtiments vieilles de 200 ans sont aujourd’hui une matière de guide touristique, et les crises des temps anciens expliquent souvent comment un quartier est devenu ce qu’il est (tentez d’expliquer l’urbanisme du XVème arrondissement de Paris sans la brutale coupure économique de l’entre guerres mondiales…).

Aujourd’hui je vais parler de comment s’est répandu dans le pays la crise immobilière de l’Espagne ces dernières années. Le secteur immobilier, a la base de la croissance de l’économie depuis la moitié de la décennie 1990, s’est appuyée sur la construction de logements nouveaux essentiellement sur des zones de périphérie. En termes de paysage ceci a impliqué l’aménagement (parfois encore en ce moment et probablement pour des années a venir sans bâtiments) de grandes zones périphériques, en contraste avec des tissus urbains centraux ou les voiries ont été embellies mais les bâtiments n’ont pas tellement changé.

L’arrêt de ce que l’on a appelé la bulle immobilière n’est pas homogène sur le territoire. Ceci peut être analyse de plusieurs façons, et j’ai choisi la suivante. Le Ministerio de Fomento, entité du Gouvernement de l’Espagne le plus lié au logement (matière régionalisée), publié chaque trimestre des données sur l’évolution du prix au m2 des logements, pour un ensemble de 283 municipalités de plus 25.000 habitants, faisant la différence entre celles de moins de deux ans et celles de plus (en comptant toujours a partir de la fin du chantier). Pour l’analyse que je vais entreprendre le prix n’est pas important, mais plutôt a quel moment se produit la « panne de courant » de la donnée a cause d’une information qui n’est plus statistiquement représentative. Je suis conscient qu’il y a d’autres sources d’agents privés qui ont des données différents, mais j’ai choisi celle-ci car elle est publique et chacun peut y faire la comparaison, et en plus elle a des chances de rester active plus longtemps. Une remarque pour ceux qui auront la patience d’aller rechercher les données originales : pour le période analysé (premier trimestre de 2005- troisième de 2014) une municipalité fut rajoutée a la liste ; je me suis passé de ses données pour donner une homogénéité aux données.

J’ai procédé aux analyses suivantes :

Data blackouts for new homes prices in Spain (if animation stops, reload the webpage to see it again)

« Pannes » des données sur le prix des logements neufs en Espagne (si vous voulez revoir l’animation, actualisez la page)

  • Carte des « pannes » des données (image superieure animée, on voit le passage du vert au rouge) : il s’agit d’identifier la dernière donnée disponible dans chaque municipalité sur le logement de moins de deux ans. Il n’y a que deux municipalités (Madrid et Barcelone) sans aucun trimestre en « panne » de données pendant ce temps, et au troisième trimestre 2014 il n’y avait que huit avec des données : Almeria, Barcelone, Caceres, Madrid, Merida, Las Rozas de Madrid, Madrid, Teruel et Saragosse. Pour certains cas (comme Madrid et Barcelone…) les agglomérations, avec un grand nombre de points très proches, peut masquer la visibilité des municipalités encore « actives ».

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  • Graphique d’évolution par trimestres du nombre de villes sans valeurs représentatives pour le prix de l’ensemble des logements (sans distinction d’âge), de celles de plus de deux ans et de celles de moins (logements nouveaux). On voit qu’a partir de 2009 les nuages noirs se font visibles, et que le premier trimestre 2011 marque un seuil substantiel. En comparant ce graphique a l’évolution des logements libres (sans subvention publique a l’achat) qui finissent leurs chantiers et le prix moyen du m2 de sol urbain dans les municipalités de plus de 50.000 habitants, on voit beaucoup de parallèles : les logements de moins de 2 ans se réduisent, car on ne produit plus en grande quantité.

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  • Comparaison des graphiques d’évolution des prix du logement, en moyennes nationales, en Espagne, Colombie, France et les Etats- Unis, par trimestre, entre le premier de 2007 et le deuxième de 2014, avec comme 100% de référence le premier de 2007. On voit qu’en France il n’eut pas de chute de prix (production de logements réduite), aux Etats Unis la correction de 10% semblé passée (quoique la différence de taille de pays demanderait probablement des nuances dans la comparaison), et le graphique de la Colombie rappelle celui de l’Espagne 5 ans avant, ce qui ne semble pas un bon signe.

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  • Vision croisée de la taille démographique des municipalités avec le nombre de trimestres (sans accorder une importance a l’ordre) ou ils ont été « hors radar » pour le prix des logements de moins de deux ans. C’est clair que la taille importe, et les municipalités avec des populations plus hautes (qui en Espagne ont aussi souvent des grandes superficies et des opérations importantes d’aménagement) sont celles qui semblent s’être le moins mal sorti de la crise, avec un marché plus large et une concentration plus importante, malgré tout, d’activité et d’éléments objectifs (distance aux emplois, services, transports) de support des prix et de l’intérêt pour la construction.

Pour l’avenir ceci n’implique pas des leçons automatiques pour la planification de ces municipalités ; les plans doivent confronter l’avenir, toujours incertain, et il y a donc besoin d’une certaine flexibilité. Mais la leçon serait plutôt (comme on verra dans des articles prochains) que les plans a long terme ont un sens en urbanisme a condition de comprendre que les bâtiments arriveront aussi a long terme. Et ce fut tout le problème ici, de dessiner et aménager sans avoir une demande pour les bâtiments qui devaient compenser ces couts de construction des voiries et réseaux divers (laissons appart le foncier, parfois acheté a un prix faramineux).

Biblio (112) World Urbanization Prospects

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Les Nations Unies publient tous les deux ans une étude sur le dégrée d’urbanisation de la planète qui comprend aussi bien le partage entre populations urbaines et rurales que l’évolution des tailles des villes par rangs.

L’édition actuelle de l’étude quantifie la tendance déjà vérifiée depuis des années a une forte croissance des mégalopoles du sud global, mais confirme aussi que les villes de moins de 500.000 habitants sont toujours importantes, avec a peu près la moitié de la population urbaine actuelle, et environ 45% de celle de 2030.