Architecture

Catalyseurs du changement urbain (4) Air conditionnée et façades : le problème du parapluie de Haussmann

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Quand le Baron Haussmann, une fois sans les vastes pouvoirs qu’il exerçait sur le Paris du second empire, écrit ses mémoires, il raconte que ce que Napoléon III voulait aux Halles était, simplement, faire un « grand parapluie » ; et je dis « simplement » car les travaux ont commencé avec une architecture classique en pierre assez critiqué, et l’image dont on se souvient, des pavillons en verre, résulte d’une « cure d’amaigrissement » du projet. Avec un grand parapluie, chaque marchand pouvais se passer d’avoir le sien les jours de pluie. Ce fut le chemin de pas mal de choses pendant ces deux derniers siècles : faire des « grands parapluies » communs, de telle sorte que l’on peut se passer du sien si l’on a pas envie, ou l’on manque les moyens : hôpitaux publics face aux médecins privés, écoles publiques face a l’éducation religieuse…

Buckminster Fuller a proposé en 1960 la construction d’un grand dôme sur le centre de Manhattan pour contrôler son climat, un projet jamais réalisé et dont les problèmes auraient surement été importants. Et a un moment donné on a lancé des systèmes de téléphonie portable directe par satellite pour parler de n’importe ou avec n’importe ou. Deux exemples d’idées non réalisés par son cout la première) ou au succès commercial limité (la deuxième) car parfois les systèmes plus simples s’imposent.

L’air conditionné est un exemple de ce genre de catalyseurs urbains au sens ascendant. On pourrait imaginer un dôme sur la ville, contrôlant le climat, et d’un autre coté il y a des zones sur lesquelles on installe de centrales de clim a l’échelle du quartier (au nord de l’Europe il y a mêmes des réseaux qui connectent les centrales de quartier, avec une haute performance énergétique). Mais sauf dans les régions au froid intense, ou le cout énergétique est très haut, ou la ou un propriétaire immobilier peut mieux gérer les couts avec un grand système, dans la plupart des zones du monde ou la chaleur est intense, le « trousseau » de la classe moyenne s’est élargi : des que l’on atteint un niveau de revenu on acheté bien sur sa bagnole, mais après (ou avant, ça dépend surement des endroits) arrive la clim.

Si l’on parle des pays comme les anglo-saxons, avec une importante proportion de logements individuels, ceci a peu d’impact sur le paysage urbain. Mais la ou le logement collectif est important, comme en Espagne ou en Chine, ou dans des villes très denses, on trouve un impact sur l’architecture. S’il est vrai que certains bâtiments de logement intègrent la climatisation sur les toits, ils sont peu nombreux, car le parc de logements a une longévité importante.

Souvent les règlements locaux interdisent de placer les unités de condensation de l’air conditionné en façade, mais c’est souvent la solution employée car c’est plus facile pour le technicien, les conduits sont moins chers et la machine marche mieux. Comme chaque propriétaire appelle un artisan a un moment diffèrent, et il utilise son propre critère, marque et modelé, l’architecture souffre. Certes, il y a des architectures quotidiennes dont les qualités préalables sont loin d’être évidentes, mais dans d’autres cas l’effet est pénible. Il faut toujours se rappeler que la qualité du paysage urbain n’est pas seulement dans les éléments sublimes, mais aussi dans le contrôle du chaos.

Compte tenu de la difficulté d’accéder a la façade et démonter les appareils, il n’est pas risqué de prévoir que pendant des années il y aura des appareils qui resteront en façade sans marcher. On peut même imaginer que dans 100 ans, même si le système en soi ne marche plus, certaines zones afficheront fièrement leur architecture « typique » du début du XXIème siècle avec leurs airs conditionnées comme marques d’authenticité

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Catalyseurs du changement urbain (5) Baies vitrées

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Comment encourager depuis les Administrations l’usage d’une forme architecturale sans que pour autant ça comporte un cout pour le trésor publique ? En réduisant ses couts pour celui qui la produit. A un moment donné a Madrid on décide que la surface d’une baie vitrée est comptabilisée a 50% dans le total de la surface bâtie établie par les plans d’urbanisme pour chaque parcelle. C’est ainsi un espace plus rentable par rapport a d’autres m2 du bâtiment. Ce qui explique la profusion des baies vitrées dans l’architecture des deux décennies précédentes a Madrid.

Est-ce une solution architecturale meilleure ? plus élégante ? impossible de le savoir en termes abstraits, car ça dépend de chaque projet. Dans l’autre sens, il y a des villes comme Barcelone ou les baies vitrées sont a priori mal vues par le règlement depuis plus d’un siècle. C’est une question de sensibilité locale… A Barcelone la vision locale vient de l’entassement extrême de la population dans la vieille villa avant l’extension de Cerda au XIXème siècle, quand les pièces en porte-à-faux parfois recouvraient les rues. Je ne saurai pas indiquer la raison de l’attitude madrilène.

Cartes 2015 (5) En haut, en bas a Grenade

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Le résultat d’une petite expérience avec les données du cadastre sur les volumes. Si c’est du bâti, ça doit être dessiné pour pouvoir exiger les impôts … et ces bases sont utilisables. En ce cas, autour de la cathédrale de Grenade, qui malgré son volume est considéré par le Cadastre comme un bâtiment d’un seul étage (même si la hauteur intérieure est assez haute). Sur la première image, ce qui est visible sur le sol. Sur la deuxième, les volumes complètement cachés (le rouge intense correspond a des bâtiments qui d’après la base de données, n’ont pas de cave). Sur ces images on ne voit pas les volumes en situation intermédiaire, c’est-à-dire, ceux dont le plancher de la pièce est sous le niveau de la rue mais son plafond est a un niveau supérieur, mais a moins d’un mètre (a voir sur un prochain billet, ce qui est intéressant sur une ville en pente comme Grenade…)

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Catalyseurs du changement urbain (4) Volts? frigidaires? La vache!

Ancienne vacherie a Paris. Image prise du blog « Le pieton de Paris » (http://pietondeparis.canalblog.com/archives/2013/05/31/27298307.html), avec un bon article sur la matiere.

L’introduction des réfrigérateurs (ma grand-mère disait « frigidaire », question de génération…) en tant qu’appareil a usage courant a impliqué, parmi d’autres conséquences, l’évolution de la place des animaux en ville. Mon autre grand-mère avait encore dans la décennie 1970 des poules sous l’évier, dans son appartement au troisième étage, car pendant l’après-guerre civile espagnole c’était encore assez courant (pas mal des habitants urbains étaient encore fraichement arrivés des zones rurales, comme elle), et parce qu’elle n’avait pas de frigo a la maison et le commerce n’était pas encore en mesure de fournir une demande massive en viande. Pour être plus précis, a un moment donné ils ont acquis un frigo, mais les pannes de courant étaient encore bien trop fréquentes.

Ce qui nous mène a une question préalable: la diffusion de l’énergie électrique. La généralisation de l’électricité en ville a a peine plus d’un siècle, suite a une expansion graduelle: en premier l’éclairage, et après l’introduction d’autres appareils. Le revenu des ménages urbains a du s’accroitre pour permettre l’achat de nouveaux appareils, mais aussi pour supporter les réseaux de génération et de transport de courant dans leur amélioration en capacité et fiabilité.

Cette généralisation de l’électricité touche le lien entre animaux et humains dans les villes de plusieurs façons, et en Europe elle touche spécialement la production et distribution des produits laitiers. Depuis Pasteur on sait que le lait est un milieu idéal pour le développement des pathogènes, surtout quand le temps passe entre la traite et la consommation et si l’on ne contrôle pas la température, et donc jusque a la généralisation du chemin de fer la stratégie fut d’approcher la vache au citoyen. Des villes comme Madrid ou Paris avaient a la fin du XIXème siècle une grande quantité de vacheries, petits lieux d’élevage bovin pour produire et distribuer le lait aux populations urbaines, parfois dans les rez-de-chaussée ou les cours d’ilot dans des zones aujourd’hui bien cotées. Certains exemples comme les architectures en carrelage du temps de Louis Bonnier a Paris montrent une convergence avec l’expansion de l’hygiène urbaine au même temps.

L’amélioration aussi bien des chaines de transport comme de celles de réfrigération aussi bien du coté de l’offre (froid industriel) comme de celui de la demande (frigo pour chaque ménage) on réduit progressivement le besoin de vacheries près des ménages. Avec la montée en puissance de l’automobile et la disparition du cheval, voici l’une des évolutions les plus importantes. On peut bien se demander comment on ferait aujourd’hui pour garantir une qualité de la production laitière en ville avec la pollution, mais en tout cas ceci a aussi produit une évolution des campagnes : la production laitière n’était auparavant exportable que sous forme de fromage, et le nouveau contexte facilite une industrialisation des élevages et de l’ensemble de la filière.

Il serait intéressant de voir, avec le contexte relativement récent des grippes aviaires, comment évolue la relation entre humains et volaille dans les villes asiatiques, avec des fortes taux de croissance et démographique et économique et des infrastructures, pas si lointaines de celles de  l’Europe ou l’Amérique du Nord ‘il y a un siècle.

Catalyseurs du changement urbain (2) La fiscalité et les « casas a la malicia » du Madrid de la renaissance

Une planche du plan de Madrid de 1749

Une planche du plan de Madrid de 1749

Madrid devient la capitale de l’Espagne en 1561, et ceci mené a l’application de la « regalía de aposento », qui imposait aux habitants l’obligation de céder la moite de leurs propres logements pour héberger les fonctionnaires royaux. Il parait que les autorités municipales auraient accordé avec le Roi cette charge en échange des avantages de devenir la capitale permanente du pays. Cette charge provenait du moyen age, quand les cours itinérantes faisaient de ceci un problème passager, mais en fixant la capitale ça devient une nuisance qui marque les typologies architecturales.

Toutes les maisons étaient soumises a l’obligation, mais certaines avaient des dimensions ou une distribution des pièces qui faisait difficile la partition. Comme résultat, la décision des habitants fut longtemps celle de construire leurs logements pour empêcher la partition, ce qui a mené au nom de « maisons a la malice ». En tout cas, ces maisons étaient contraintes de payer une taxe monétaire. Ceci a mené avec le temps, en un premier temps a une structure de recouvrement des taxes, et plus tard a la formation du premier cadastre de la ville entre 1749 et 1759.

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On peut consulter su internet un volume sur les textes légaux sur la matière… en 1738. Comme toujours dans les textes du passé, il est assez intéressant de lire la description des catégories professionnelles ayant droit a l’hébergement…

Une traduction du texte spécifique sur les maisons a la malice (page 28 du texte électronique signalé) serait :

 «dans toutes les maisons qui peuvent être facilement divisibles en deux parties, et qui sont dans cette ville de Madrid, ou siège la Cour, appartient la moitie a sa Majesté au titre du droit d’hébergement… et pour celles qui ne sont pas divisibles, car elles n’ont qu’une pièce, on fait une évaluation de son produit, et le propriétaire contribue avec un tiers de celui-ci a ce droit, laissant a la charge du propriétaire les espaces, dont on considère ce qui va du tiers a la moitié, qu’il devrait donner ; et ces maisons sont appelées de partition incommode, tiers partie, ou malice ».

C’est-à-dire, l’évasion d’une charge a mené longtemps a une architecture madrilène marqué par des logements d’une seule hauteur et d’une seule pièce. Parfois, des chambres étaient aménagées dans la partie supérieure mais invisibles depuis la rue, et il y avait aussi des cas ou la division intérieure compliquait la partition. En tout cas, les voisins préféraient l’embarras d’une mauvaise architecture a la charge de partager leur espace d’habitation.

Catalyseurs du changement urbain (1)

Qu’est ce que fait évoluer le tissu urbain? L’intéressant de cette question est a quel point la réponse peut être multiple ; il y des évolutions en sens ascendant (réponses individuelles a des problèmes ainsi perçus, dont l’agrégation peut finir par configurer une espèce d’intelligence émergente) tout comme au sens descendent (actions portées par l’administration qui impliquent aussi bien des interventions directes sur l’espace urbain que des mandats aux individus pour agir d’un façon donnée). Voici un catalogue assez sommaire des situations possibles, un genre de « table des matières » de ce qui est a venir :

  • Sens ascendant
    • Evolutions de la dimension de l’unité d’usage (ménages, entreprises, systèmes d’équipements…) qui entrainent une évolution des dimensions de l’enceinte physique associée (extension ou réduction). Par exemple, si le nombre et la taille des ménages augmente et la croissance urbaine n’est pas possible, soit on obtient des taudis, soit il y a une extension des logements au sens horizontal ou vertical.
    • Mutations technologiques qui impliquent l’ouverture de choix nouveaux de localisation, que ce soit pour le logement ou autres usages. Par exemple, la disponibilité des voitures a permis l’étalement urbain.
    • Evolution des demandes sociales qui implique un changement de l’agencement des fonctions dans une typologie architecturale. Par exemple, si l’on voit grandir la préférence pour les balcons, l’image des logements change a cause des façades.
    • Evolution des régimes de propriété : un quartier ou les habitants sont propriétaires peut avoir un aspect différent a celui d’un espace ou les habitants sont locataires.
  • Au sens descendent
    • Facteurs politiques ou technologiques qui déterminent des évolutions des possibilités d’usages du territoire : si les murailles deviennent obsolètes a cause de l’évolution des technologies militaires ou parce qu’il n’y a plus de guerre, les villes peuvent les démolir et s’étendre.
    • Facteurs fiscaux : si certaines typologies architecturales font l’objet de fiscalités onéreuses, on peut voir des évolutions dans la production immobilière.
    • Urbanisme : le plan etablit des conditions obligatoires. Paris, Manhattan ou Kyoto ont des paysages urbains particuliers parce qu’a un moment donné la décision fut prise d’agencer les rues comme ça, et d’apporter des règles pour les bâtiments.

Ce que l’on appelle parfois « le charme d’une ville » est donc la combinaison de tous ces éléments, avec des dégrées divers de poésie et de zèle administratif.

Un programme pour 2015: le grain des villes

Un endroit que je connais bien, vu du Landsat

Un endroit que je connais bien, vu du Landsat

Le relief, premiere echelle de "grain" du territoire. La Corogne, d'apres des données altimetriques IGN-e

Le relief, premiere echelle de « grain » du territoire. La Corogne, d’apres des données altimetriques IGN-e

Définir un programme aide a faire plus facile ce qui est complexe. Les Nations Unies ont déclaré 2015 l’année internationale de la lumière et des techniques utilisant la lumière, et année internationale des sols. A priori, ce sont des points de départ peut-être plus propices pour un blog comme celui-ci que 2016 (année internationale des légumes et des camélidés, ce qui nos mènerait a la typologie des sérails, ce qui es plutôt lointain pour moi…), quoique l’on ne sait jamais… Il me semble mieux de faire le choix d’un sujet plus centré sur le milieu urbain bâti. Et de façon plus concrète, d’un sujet qui est transversal a la plupart des travaux d’intérêt que je lis récemment, et qui me semble donc central : le grain de la ville.

Je ne parle pas ici du grain au sens des cultures, mais des différentes qualités que chaque échelle d’approche peut transmettre sur la ville ou le territoire. Mandelbrot a traduit une pensée semblable avec la théorie fractale, comme la présence de qualités visuelles (il parait que tout en étant un mathématicien, il a donné une large préférence aux représentations visuelles des concepts abstraits, comme des structures sou jacentes dans les données en ce cas) qui semblent similaires a des échelles différentes.

Les batiments d'apres leur description cadastrale, une couche suplementaire de "grain"

Les batiments d’apres leur description cadastrale, une couche suplementaire de « grain »

Le grain de la ville peut être physique (un quartier historique peut avoir un détail plus grand en plusieurs sens) ou immatériel, lié aux flux et liens sociaux et économiques ; les espaces les plus intéressants sont ceux ou les deux qualités de détail confluent.

Le grain pose essentiellement deux questions :

  • La capacité des instruments que l’on utilise pour représenter la ville ou le territoire pour nous raconter une complexité donnée.
  • La présence (ou non) de complexités sur le territoire, dans un sens ou l’autre.

Tout au long de l’année, en parallèle a d’autres questions plus circonstancielles, celle-ci sera la base du blog. Comme toujours, j’accepte vos propositions…

Un bati avec des grains differents

Un bati avec des grains differents

... et ce qui est encore en devenir...

… et ce qui est encore en devenir…

Des Prix (5) Gare centrale de Salzbourg

The station, as described graphically by the architects

La gare, description graphique par les architectes

La gare centrale de Salzbourg, que j’ai visité cet été, est en train de subir de travaux de mise au jour suivant le projet de Kadawittfeldarchitektur, une agence allemande qui a gagné le concours en 2009. Le projet fut lauréat de la 45eme édition du Staatpreis Design d’Autriche dans la catégorie de conception architecturale et urbaine (décerné par le Ministère Fédéral de l’Economie, la Famille et la Jeunesse a ÖBB, les chemins de fer nationaux, en tant que maitre d’ouvrage), et le Prix Européen de l’Acier en 2012.

La gare était configurée comme terminus (les trains devaient repartir en marche arrière) jusque en 2010, ou l’on créa des voies continues qui, avec 4 quais en plus, ont permis d’améliorer la capacité.

Vue depuis le bout des quais

Vue depuis le bout des quais

Detail: la verriere historique au fond, et l'extension devant

Detail: la verriere historique au fond, et l’extension devant

L’usage de l’acier avec des structures a éléments porteurs en Y assez séparés n’est pas nécessairement une solution économique, mais le résultat est intéressant ; il est toujours difficile de décider le juste prix pour une chose que l’on verra tous les jours, et dont on peut finir par en avoir ras-le-bol. Sous le niveau des voies le passage transversal a la gare, qui relie deux quartiers, est simple mais bien éclairé, en grande partie en raison des généreuses ouvertures pour les escaliers vers les quais. On ne peut pas le voir sur mes photos, mais je me rappelle d’avoir vu certains détails intéressants dans la façon d’adapter le passage aux différences de niveau entre les deux bouts.

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Des prix (3) Prix Aga Khan

Appartements a Teheran, un projet finaliste en 2013

Je me rappelle d’une phrase d’un historien de l’architecture, sur la difficulté pour définir la modernité architecturale du point de vue d’un pays arabe ou islamique (je sais bien que ce n’est pas la même chose, mais pour ce que je vais dire les effets seraient les mêmes). Il disait que l’on n’était pas arrivé a définir de façon claire quel aspect devrait avoir une gare ferroviaire arabe ou islamique.

En 1977 l’Aga Khan, autorité suprême religieuse des ismaélites, a mis en place un prix d’architecture pour des projets qui impliquent des interventions positives pour les sociétés islamiques. Le personnage de l’Aga Khan est infréquenté par rapport a ce que l’on connait en occident : c’est un monarque sans territoire, leader spirituel d’une partie de l’Islam, habitant en occident. L’esthétique lauréate dans ces prix est assez loin de la traditionnelle. Il faudrait en tout cas savoir ce qui est traditionnel pour n’importe laquelle de ces deux catégories, arabes ou musulmans, car ils sont sur des territoires vastes et variés, et donc avec des nombreuses traditions architecturales.

Le prix est convoqué tous les trois ans, et la dernière edition est celle de 2013. La liste des architectes lauréats ne comporte pas que des musulmans si l’on doit juger par les noms, parfois bien connus en occident. Il y a un cimetière islamique dans les alpes autrichiens, un projet d’infrastructure de voirie et transport a Rabat- Salé (Maroc), une réhabilitation a Tabriz (Iran), des interventions sur un secteur historique en Palestine et un centre de chirurgie cardiaque a Khartoum (Soudan).

Quand je vois (au loin…) les résultats de ces prix dans leurs éditions successives, je vois qu’ils touchent une grande variété géographique, et correspondent a des modèles architecturaux contemporains, sans un cadre esthétique prédéfini. Et en général je pourrais dire qu’il semble s’agir d’architectures de qualité, même si je ne connais pas les contextes locaux de chaque bâtiment ; et Salé (Maroc) n’est pas la même chose que Salem (Massachussetts).

En fait je me demande encore pourquoi une gare arabe ou islamique devrait être très différente d’une européenne ou chrétienne… car ces dernières ne sont pas non plus égales. L’idée d’une culture pas comme cadre général, mais comme ensemble immuable de règles, m’a toujours semblé difficile.