Aménagement du Territoire

Biblio (91) Le capital au XXIème siècle : Thomas Piketty et la fin de la grande bulle

Seville en 1590, par Geord Brown. A la Bibliotheque Nationale d'Espagne

Seville en 1590, par Geord Brown. A la Bibliotheque Nationale d’Espagne

Seville en 1771, par Olavide. A la Bibliotheque Nationale d'Espagne

Seville en 1771, par Olavide. A la Bibliotheque Nationale d’Espagne

Je suis en train de lire ce livre, dont on parle et on parlera beaucoup. Pas de lien pour le téléchargement, mais le livre vaut son prix, ne serait-ce que comme exemple de pensée structurée.

Je lis le livre en ce moment, donc ma vision finale pourrait varier. L’une des thèses centrales du livre est que quand le rendement du capital est supérieur au taux de croissance de l’économie, les inégalités ont une tendance a croitre, ce qui expliquerait les tendances en cours dans le monde « occidental ». La mobilité sociale ne serait possible de façon généralisée que dans des économies en croissance, ce qui semble loin d’être garanti.

Sur son analyse historique des dynamiques de croissance, la période entre le XVIIème siècle et nos jours est une anomalie, avec des taux de croissance et démographique et économique inusuelles, surtout après la deuxième guerre mondiale. On pourrait l’appeler (ce qui l’auteur ne fait pas, et donc est une vision personnelle comme tout ce qui suit) la grande bulle. Et il pense qu’elle est moribonde, au moins en grande partie par l’inertie inévitable de la démographie, qui n’est plus explosive dans la plupart du monde. Donc certains pays serait confrontés a la fin de la « petite bulle » (foncière pendant la dernière décennie) et a celle de la grande…

 Du point de vue de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire cette vision impliquerait un retour au rythme de croissance historique plus lent. Le livre de Piketty est une « théorie du tout », ou l’on peut inscrire des objets de débat récents comme le développement durable, le Peak Oil ou le Peak Car, ou le retour des nord-américains aux villes… ou même le contraire (l’auteur prend bien soin de rappeler que l’avenir est toujours incertain). En tout cas, ça vaut la lecture. Ou une promenade par la section des téléchargements de l’Ecole d’Economie de Paris

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Choix européens (5) Pollution

e-prtr

Chaque point est une installation E-PRTR

Le Registre Européen des Emissions et Transferts de Polluants (E-PRTR) est un registre géré par l’Agence Européenne de l’Environnement qui regroupe des données sur des installations industrielles dont les émissions de polluants vont au-delà des seuils définis par le Réglement (EC) No 166/2006. Ce qui couvre un large éventail d’installations, des stations d’épuration aux traitements de surfaces ou les abattoirs.

Comme pour toutes les politiques européennes, certains états peuvent avoir des lois environnementales plus exigeantes, mais l’Europe établit et un cadre commun et, aussi important en ce qui concerne la planification spatial, des bases de données communes qui couvrent l’ensemble de l’Union (et parfois au-delà, comme ici la Norvège et la Suisse), permettant une meilleure connaissance et débat.

Choix européens (2) Oiseaux

Natura2000

Natura 2000 est un réseau écologique intégré par des zones désignées sous la Directive des Oiseaux et la Directive des Habitats. Elle doit assurer la continuité des espèces et types d’habitat Européen, comme garantie de biodiversité. Chaque état de l’Union Européenne propose, pour chacune des régions biogéographiques et marines qui le composent, une liste nationale d’espaces qui répondent aux critères de l’annexe III de la Directive Habitat. Apres une longue procédure administrative, ces aires sont déclarées Zones de Spéciale Conservation (SIC jusque a la déclaration). Les états proposent aussi des Zones de Protection Spéciale pour les oiseaux.

En somme, les états définissent un périmètre, et l’Europe l’intègre dans un réseau. L’Europe ne dessine pas, mais une fois que la zone est approuvée, elle est protégée par les lois européennes. Ce qui implique qu’en cas de conflit, le dernier mot revient a la Cour de Justice de l’Union Européenne, au Luxembourg.

Le périmètre doit répondre a des critères scientifiques, mais peut aussi se voir marqué par des critères d’opportunité politique ; peu de grandes villes européennes ont dans leur zones métropolitaine des aires Natura2000, par exemple, et la transformation des sols pour créer des infrastructures ou pour la croissance urbaine peut être en conflit avec la protection. L’Etat doit suivre une procédure complexe pour changer ces décisions, et il est dans une position radicalement différente face a la Cour de Luxembourg par rapport a une Cour nationale.

Il y a une publication d’intérêt, datant de 2006, sur des décisions de la Cour du Luxembourg sur des cas concernant Natura 2000. Entre elles :

–           C-335/90. Marais de Santoña. Espagne. Eaux residuelles, cultures marines, routes, remblais.

–           C-44/95. Lappel Bank. Royaume Uni. Exclusion d’un espace d’une Zone de Protection de la Directive Oiseaux pour causes economiques.

–           C-374/98. Basses Corbieres. France. Classement comme ZPS Oiseaux, carrières, mesures de compensation

Voici donc une condition de départ importante pour des plans communaux ou de grande échelle. Un état peut obtenir un résultat similaire de son tribunal supérieur national. Mais ce qui est dit par Luxembourg est certainement plus visible dans la presse.

Bombinettes, couronnes, logement, euros, oiseaux et Ecossais : choix européens.

europ

L’Union Européenne est présentée souvent comme une organisation qui a aidée l’Europe (ou au moins ses états membres) a obtenir l’une des plus longues périodes sans guerre de l’histoire. Ce qui est vrai. Mais on arrive a un point ou probablement ceci va changer, d’une façon ou d’une autre (pas la paix, mais l’architecture de l’Union).

Parmi les cinq matières, il n’y a que deux qui ont crée un certain consensus en Europe, les oiseaux et l’Euro. Deux pays sont des puissances nucléaires, mais ceci n’est pas soumis a négociation (et déplace la question de la défense commune a l’OTAN, un cadre bien diffèrent). Et il y a une poignée d’autres pays qui ont des armes nucléaires de l’OTAN. Chaque état décide.

Sept sont des monarchies, ce qui indique que par le passé certaines personnes ont été « choisies par Dieu » pour mener leur troupeau ; donc il y a une différence essentielle par rapport a un président élu, créant des frictions potentielles a l’avenir. Mais la forme de l’Etat est définie par chacun.

Le Parlement Européen a approuvé récemment (11 juin 2013) une résolution sur le logement social, mais ce n’est pas une Directive, et il semble difficile d’atteindre un compromis en la matière. En fait, il y a des Directives qui couvrent la sobriété énergétique des bâtiments, ce qui n’est pas exactement la même chose. En ce qui concerne le droit au logement et comment l’assurer, c’est une question décidé par chaque état.

L’Euro est devenu réel et tangible, et c’est sans doute une preuve d’un consensus entre les états, qui ont fait cession d’une partie essentielle ce qui était jusqu’ici une marque d’Independence : la monnaie. A quel point cette monnaie est vue comme une bonne chose par les citoyens c’est autre chose après la crise. Même si votre monnaie n’est pas l’Euro, l’Union a des fortes prérogatives économiques.

L’Europe a approuvé une Directive sur les oiseaux, ce qui est l’une des peu nombreuses matières ou l’Union dit quelque chose de concret sur l’utilisation des sols. Apparemment on aime les oiseaux (moi aussi, bien sur).

Les Ecossais ont prévu d’avoir un referendum d’Independence cette année. Ils veulent cette Independence du Royaume Uni, mais aussi rester dans l’Union et l’OTAN. Mais l’Independence n’est plus ce qu’elle était. La question n’est pas pourquoi les Ecossais (ou les Catalans, tant qu’on y est) veulent couper des liens mais rester en Europe, et pourquoi la Serbe ou l’Albanie veulent entrer. C’est plutôt quel est le niveau du millefeuille administratif qui peut sauter maintenant que l’Europe gagne en pouvoir. Et le nationalisme joue un rôle; par  exemple, l’UKIP veut un Royaume Uni hors de l’Union, mais pas une Ecosse indépendante. Qui a son tour serait un état, mais bien moins fort que ce que certains pensent.

Comment ces matières influent en matière d’architecture, d’aménagement du territoire et urbanisme, le nerf de la guerre de ce blog ? a voir dans des articles a venir.

 

Cartes 2014 (17) Evolution des affectations du sol en Europe entre 1990 et 2006

ESPON est le Réseau Européen d’Observation du Développement Territorial et de la Cohésion, institué en 2007 en tant que programme de la Commission Européenne. ESPON vient de publier une carte des « points chauds » de l’évolution des affectations des sols a l’échelle continentale.

La carte se concentre sur le concept d’intensité d’utilisation. Les régions avec des tons clairs ou blancs ont eu peu de changements ; les bleues, une intensification de l’utilisation du sol (urbanisation de pâturages, ou une agriculture plus intensive), tandis que les vertes ont subi des réductions d’intensité d’usage, une extensification (passage d’une agriculture intensive a des prairies ou abandon agricole). D’accord avec les notes de la carte, les séries de données ne sont pas homogènes, et des données manquent pour certains pays, mais en tout cas on voit l’intensification par construction de résidences secondaires touristiques sur la méditerranée Espagnole, et comment se « vide » une partie de l’Europe orientale, par exemple la périphérie tchèque au bénéfice de Prague.

Biblio (87) Forum Urbain Mondial Medellín

Cette année le Forum Urbain Mondial, évènement biannuel, a eu lieu a Medellín (Colombie).
Le concept d’équité se présente comme central dans les débats. Mais les conclussions integrent des contenus plus larges. Et l’on lance les Global Urban Lectures, un ensemble de contenus d’accès libre par internet d’un grand intérêt.

Biblio (85) Stockholm Vision 2030

Stockholm 2030

Vision 2030 est un projet d’avenir de nature stratégique pour la ville de Stockholm, développé entre 2006 et 2007. Au-delà des touches IKEA du catalogue (pardon, ouvrage…), avec des mômes qui ont l’air d’avoir bien avalé leur ration de boulettes, il y a des choses intéressantes. On parle de matières communes dans pas mal de villes, comme les transports en commun ou les véhicules propres, mais aussi des nouvelles liaisons routières. Comme dans les romans policiers nordiques, l’original n’est pas d’avoir un meurtre, ce qui est naturel pour le genre littéraire (pas pour l’urbanisme, bien sur…), mais l’entourage de ce meurtre, et en ce sens la Suède semble partir de bases différentes a celles d’autres… tout comme en urbanisme et développement durable.

La consultation de la cartographie d’urbanisme montre que certains projets de la Vision 2030 ne sont pas entiers sur ces plans officiels, comme la proposition de rocade ouest, le Förbifart Stockholm (dont la construction devrait comencer cette anné). Le projet comportera l’un des plus longs tunnels urbains, et a été, de façon presque inevitable, le centre d’une polemique entre ceux qui pensent qu’il soulagera la congestion et ceux qui croient qui simplement il augmentera l’usage de la voiture. Donc la Suede, qui sans doute est un pays tres avancé en matiere environnementale et transports en commun, n’échappe pas aux grands débats.

Traditions industrielles (6) Bilbao : quelques leçons sur son évolution

bilbaoria2000

Bilbao Ría 2000, la société publique fondée en 1992 avec la participation de plusieurs administrations qui dirige une partie substantielle des opérations de transformation urbaine de Bilbao, a investi dans la ville entre 1997 et 2011 plus de 957 millions d’euros (un peu plus de 1.315 millions de dollars américains), pour une agglo d’un peu moins d’un million d’habitants. Son intervention a touché sept grands domaines : six quartiers et l’intégration urbaine d’un réseau ferroviaire qui configurait des importantes barrières urbaines. Ces travaux ont supposé une amélioration appréciable du paysage urbain, et on certes aidé a changer l’image extérieure de la ville.
Elías Mas Serra, ancien Directeur du Cabinet d’Architecture de la Ville de Bilbao (1991-2005) a publié en 2011 sur le Bulletin de l’Association des Geographes d’Espagne un article sur la gestion de Bilbao Ria 2000. L’article est intéressant comme analyse d’un ensemble de politiques publiques qui ont eu un succès clair, mais qui posent aussi des questions sur lesquelles il faut réfléchir pour orienter des actions futures : la problématique du déficit de synchronisation entre les échelles de planification et les disjonctions que ça implique, tout comme le besoin de jongler avec visions locales et globales d’un territoire.

Biblio (84) Programme Sectoriel de Développement Agraire, Territorial et Urbain 2013-2018 du Mexique

Le Mexique est un pays gigantesque : de Cancun a Tijuana il y a quelques 3.200 km en ligne droite, a peu près la distance de Lisbonne a Helsinki. Et il y a aussi parfois une distance impressionnante en termes de conditions de vie d’un quartier au voisin. Le Programme Sectoriel de Développement Agraire, Territorial et Urbain, publié en décembre 2013, expose les politiques que l’administration élue pour la période 2013-2018 entend mener dans ces matières.

Le texte expose les conditions actuelles du pays en matière de développement urbain et de logement, avec des déficits importants. Il est difficile de savoir ce qui sera possible de faire en six ans dans un pays avec la complexité du Mexique, et le document ne comporte pas de volet budgétaire ; mais il donne une vision d’ensemble des problématiques. Il est téléchargeable sur le lien suivant : http://www.dof.gob.mx/copias.php?acc=ajaxPaginas&paginas=todas&seccion=SEGUNDA&edicion=255381&ed=MATUTINO&fecha=16/12/2013  (attention, le texte commence sur la page 65 du PDF)

Cartes 2014 (11) Risques hollandais

risicokaart

Tout comme moi-même, il y a des fortes chances que la plupart de mes lecteurs ne lisent pas le néerlandais. Pourtant, ce n’est pas essentiel pour consulter http://nederland.risicokaart.nl/risicokaart.html, une carte en ligne de l’association des provinces néerlandaises qui montre les risques naturels et technologiques répertoriés dans le pays. Je ne sais pas a quel point cette carte est exacte, mais il semble plutôt une bonne idée de mener la transparence envers le citoyen a ces niveaux ; certes le cas hollandais est spécial, car tout le monde a en tête ce qu’implique vivre sous le niveau de la mer, mais ils sont allés bien au-delà. Implanter un système de ce genre peut aider les citoyens qui cherchent un logement ; au sens contraire, ça joue certainement sur les valeurs foncières, donc ce n’est pas tout le monde qui sera content.

Les cartes de criminalité de certaines villes américaines vont en ce sens ; pourtant, l’image que les habitants ont de leur ville apporte déjà une vision de ce phénomène, même si parfois la perception n’a rien a voir avec la réalité. En ce qui concerne les risques, la question est plus complexe, car il peut ne pas avoir une conscience ou mémoire d’un risque a long intervalle temporel, ou qui ne s’est jamais matérialisé.