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La dernière des trois grandes soirées

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La séquence des fêtes en Espagne est la suivante :

  • Nuit du 24 au 25 décembre : diner de Noel, couramment en famille, et repas de Noel, toujours en famille. On ne fait pas le réveillon, mais de plus en plus de gens reçoivent des cadeaux a cette date.
  • Nuit du 31 décembre au 1 janvier : diner en famille ou en réveillon, repas du nouvel an en famille. Minuit est le moment central. Pas de cadeaux.
  • Nuit du 5 au 6 janvier : d’apres la tradition, ce sont les Rois qui apportent les cadeaux. Pas de diner d’apparat, les cadeaux sont ouverts le 6 matin, et un repas en famille est couramment associé. Même si certains demandent aujourd’hui la fin de la monarchie en Espagne, du coté cadeaux les Rois sont largement gagnants (quoique le Père Noel avance…). Le jour ou Angela Merkel saura que certains espagnols obtiennent deux cadeaux le spread montera…

Voici certaines images de la soirée d’hier 5 a La Corogne, en Galice (nord-ouest espagnol). Plein de monde dans la rue, emmenant les Mômes voir la défilée des Rois, ou cherchant un cadeau au dernier moment. En cherchant un point haut pour voir le défilé des Rois nous sommes montés a la Fundación Abanca et nous avons trouvé une exposition sur l’œuvre d’Isaac Diaz Pardo assez intéressante, au-delà de ce que je connaissais déjà par les porcelaines de Sargadelos ; un cadeau intellectuel assez intéressant. nocrey-6

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Me voila, de façon inatendue, avec une collection de bouteilles qui representent un mariage…

Colonnes (5)

Le temps est peut-être venu de tranquilliser certains d’entre mes lecteurs sur ce soudain intérêt pour les colonnes et les images de synthèse. A part du fait évident d’être un architecte avec un penchant pour l’urbanisme, un champ vaste, mais qui garde son intérêt pour la forme physique des objets, il y a aussi cette série croissante de références a l’impression 3d comme la nouvelle donne qui va tout changer. Une idée que je pourrais presque souscrire, même si j’ai peu de connaissances en la matière.

Allons aux bases : l’impression 3d (ou fabrication par adition, terme plus technique) permet de produire presque n’importe quoi a condition de pouvoir le décrire dans un langage 3d, même si c’est un objet complexe avec des matériaux différents ou des parties mobiles (ou autres qualités de l’objet). Le cout de production est encore inconnu à long terme, car la technologie est en développement ; je ne sais pas quelle est le rapport de cout économique et environnemental avec d’autres systèmes de production industrielle (y aurait-il des sols contaminés par les grandes usines d’impression 3d ou leurs chaines d’approvisionnement ? probable, comme avec d’autres usines). Mais je pense que ça peut changer pas mal de choses, prenant en compte quelques facteurs :

On parle beaucoup sur le potentiel de l’impression 3d pour gagne des parts de marché dans les usines. Du point de vue de l’architecture, ça me rappelle la question de la préfabrication, sous un autre angle. Il y a quelques décennies les gens pensaient que la préfabrication était l’avenir de l’architecture, mais a réalité de nos jours est complexe : bien sûr, dans les pays avancés il y a une forte standardisation des éléments de construction, mais la préfabrication de certaines choses n’a pas tellement d’avantages, pensez simplement aux fondations. En plus, la préfabrication a une mauvaise image (au moins en certaines parties de l’Europe) par l’association a des expériences de logement social qui ont plutôt mal tourné.  En fait, la disponibilité d’une technologie prétendue meilleure n’implique pas pour autant sa généralisation. Certains diront que l’impression 3d permet justement de faire ce que la préfabrication ne permet pas : des solutions spécifiques avec une meilleure qualité.

Et voilà la question centrale. Je ne sais pas quelle sera la part de marché de l’impression 3d, mais il y a ce que j’appellerais le «cout d’intelligence » en architecture (ou tout autre système de production) qui probablement jouera contre les éléments personnalisés. Pensez que vous cherchez une maison et vos économies sont sommaires : vous aimeriez une architecture personnalisée, mais il y a des fortes chances que, face à un prix abordable, vous finissiez sur une solution standard. Bien sûr, on peut utiliser un algorithme pour faire chaque maison différente de celles de l’entourage, mais un résultat agréable demande un travail considérable, qui doit être payé (les architectes l’on fait pendant des siècles). Donc probablement le processus d’amélioration continue et accélérée des produits que l’on a vu en informatique s’étendra a d’autres domaines, mais ne sera pas si facile à voir. Je peux penser, par exemple, à des poutres en acier laminé plus performantes, avec des semelles a épaisseur variable qui serait plus économes en acier, mais c’est le genre d’évolution que la plupart des gens ne verront pas. Aujourd’hui il parait peu probable de voir chaque maison complètement personnalisée (sauf dans certains quartiers de luxe). Et je ne vois pas les chantiers devenir des traceurs géants imprimant les bâtiments d’une pièce par couches de 1 mm (en fait, pour ce qui est de la construction additive, le béton est déjà un exemple…), ou une armée de robots allant de colonne en colonne pour la construire. Mettre une structure en contact avec le sol, qui se déforme sous la pression, présente des complexités.

Une colonne est un élément structurel. Les expérimentés de Hansmeyer méritent d’être suivis car la morphogenèse est toujours intéressante, mais ils sont parfois assez loin de l’efficacité structurelle. Ce qui n’est pas mauvais en soi même, mais simplement les oriente plutôt vers un marché de niche.

Si l’on vous donne une chance d’apporter un élément personnel a votre maison, feriez-vous quelque chose avec vos mains (Christopher Alexander disait que les architectes devaient toujours le faire sur leurs œuvres) ou avec une imprimante 3d ? pour la plupart des gens un logiciel 3d est simplement trop complexe. Mais on peut s’attendre a des expériences intéressantes ; ou penser à ce que Ferdinand Cheval ou Justo Gallego auraient fait avec des imprimantes 3d.

Image de Yu.Khasanov

 

De retour a la mosquée de Djuma, a Khiva. Ce qui est intéressant ici est que vous avez toute l’intelligence nécessaire pour ce bon bâtiment, intégrant le système de production et la connaissance technique. Chaque colonne est différente, et je suspecte que pour la même raison pour laquelle les pierres des églises européens ont des marques de maçons : le tailleur étant payé par pièce produite, la faire reconnaissable était important. D’un point de vue structurel, l’élégance de la base des colonnes vient des murs épais de la mosquée ; je n’ai jamais été la, mais une colonne avec cette configuration n’a aucune chance de transférer des charges horizontales, donc la conclusion est logique. Est-ce-que l’impression 3d peut nous donner une meilleure architecture ? oui, si l’architecture est meilleure, car la construction n’en est qu’une partie.

Colonnes (3)

Encore une fois, le cube, qui maintenant tourne dans les trois axes pendant qu’il monte verticalement, avec un degré de massivité qui change.

columna-a1 columna-a2 columna-a3
columna-b1
columna-b1 (2)
columna-b2 (2)
columna-b3

 

Le code geometrique (povray) de cette derniere image est:

#declare cubhuec= difference {

 box {<-1.05, -1.05, -1.05> < 1.05, 1.05, 1.05> pigment{ color rgbf<.54, .55, .99,0>} } 
 box {<-1, -1, -1.3> < 1, 1, 1.3> pigment{ color rgbf<1, .3, .2,0>} } 
 box {<-1, -1, -1.3> < 1, 1, 1.3> rotate <0,90,0> pigment{ color rgbf<1, .3, .2,0>} } 
 box {<-1, -1, -1.3> < 1, 1, 1.3> rotate <90,0,0> pigment{ color rgbf<1, .3, .2,0>} } 
}

#declare hcolumn=7;
#declare n=0; 
#declare ndiv=1;
#while (n<ndiv)
object {cubhuec scale <1,1,1> rotate <360*n/ndiv,360*n/ndiv,360*n/ndiv> translate <0,0,n*hcolumn/ndiv> }
#declare n=n+1 ;
#end

box {<-10, -10, -4> < 10, 10, -1.2> pigment{ color rgbf<.99, .99, 1,0> } } //sol

Colonnes (2)

collumn1

Le moment est venu de faire quelque chose de semblable aux colonnes de Hansmeyer. Il a travaillé avec des cubes, en faisant des subdivisions et des plis; ici il ne sera question que de rotations simples du cube, qui peuvent produire des resultats inatendus. Hansmeyer a produit ses colonnes avec processing, un logiciel libre et gratuit, et j’utilise ici un logiciel un peu plus vieux, mais plutot simple et efficace, povray, qui est aussi gratuit et utilisable a loisir (certains vont même jusque a imprimer en 3d des pieces en sucre…). En fin de comptes, on pourrait dessiner ainsi une partie d’une colonne.
column2

Demandez au cube de faire le tour en 10 parties autour d’un axe vertical et vous aurez l’image superieure; c’est a dire, vous approchez le cylindre.
column3

Si vous faites le cube tourner en même temps autour d’un axe horizontal, vous avez des choses qui commencent a apparaitre. L’image superieure montre 10 cubes, et l’inferieure 100. column4 column-b-1

Pour tenter de voir plus clair, on met une dalle verte sur la face superieure et une rouge sur l’inferieure.
column-b-2 column-b-3 column-c-1

La question devient flamboyante (quoique pas necesairement architecturale…) si l’on change la proportion des compagnons vert et rouge.column-c-2

10 cubes

column-c-3

100 cubes
column-c-41.000 cubes

Le code geometrique de cette derniere image en povray est:

#declare n=0; 
#declare ndiv=1000;
#while (n<ndiv)

 box {<-1.1, -1.1, -1> < 1.1, 1.1, 1> translate <0,1.5,0> rotate <0,360*n/ndiv,360*n/ndiv> pigment{ color rgbf<1, .9, .5,0>} } 
 box {<-.1, -1, -.1> < .1, .1, -3.1> translate <0,1.5,0> rotate <0,(360/ndiv)*n,(360/ndiv)*n> pigment{ color rgbf<1, 0, 0,0>} } 
 box {<-.1, -.1, 1> < .1, .1, 3.1> translate <0,1.5,0> rotate <0,(360/ndiv)*n,(360/ndiv)*n> pigment{ color rgbf<0, 1, 0,0>} }
 sphere { <-1.1,-1.1, -1> 0.5 translate <0,1.5,0> rotate <0,(360/ndiv)*n,(360/ndiv)*n> pigment{ color rgbf<.7, .8, 1,0>} }
 sphere { <1.1,1.1, 1> 0.5 translate <0,1.5,0> rotate <0,(360/ndiv)*n,(360/ndiv)*n> pigment{ color rgbf<1, .5, .5,0>} }

#declare n=n+1 ;
#end

Colonnes (1)

Granada-2

La colonne a toujours eté un instrument pour montrer la maitrise architecturale et structurelle. Les deux premieres images correspondent a la Cathedrale catholique et a l’Alhambra de Grenade. La troisieme vient d’un endroit que je n’ai jamais visité, mais m’a paru impressionant sur le film « Orlando » (Sally Potter, 1992): la mosquée de Djuma, Uzbekistan

Granada-1

Mosquée de Djuma, image de Rye Kizuka sur Picassa

Biblio (65) Michael Hansmeyer

Image des colonnes de Hansmeyer sur le blog de Ludger Hovestadt

Michael Hansmeyer est un architecte et developpeur informatique qui a entrepris une demarche d’experimentation sur la question de la poduction de fomes architecturales complexes par fabrication additive (impression 3d) en utilisant des materiaux proches de ceux de l’architecture traditionnelle, avec du sable et des resines, avec un resolution du detail sous la barre du milimetre. Pas de publication a telecharger sur ce Biblio, mais un site web qui montre la demarche et la production.

La question de la forme se pose: ici il n’est pas question d’imite la nature ou des formes humaines, mais des permutations d’operations geometriques sur des corps solides de base qui produisent un resultat qui rapelle parfois l’univers H.R. Giger.