Mois: janvier 2014

Ports lointains (4) Histoires. Tours, sous-marins, castors, saumons…

Le port de La Corogne existait déjà dans les temps romains. La tour d’Hercules, phare romain dont on suppose qu’il a été construit vers la fin du premier siècle de notre ère, témoigne de l’importance a l’époque. Le port important sous les romains était l’actuel Betanzos (Brigantium), a une époque ou sa ría avait moins de sédiments et les bateaux étaient moins grands. Pendant le Moyen Age la ville a gagné en importance, ce qui s’accélère avec l’ouverture du commerce avec l’Amérique après la fin du monopole de Séville et Cadix. Vers la moitié du XXème siècle le port occupe la baie du sud de la ville, sous l’abri de la presqu’ile. Ce sera la dernière vue de l’Espagne pour les migrations de galiciens vers l’Amérique. Pendant la décennie de 1960 une grande digue élargie la zone protégée, et l’implantation d’une raffinerie de pétrole fait des charges liquides un secteur d’activité important. Ceci implique aussi une série d’accidents de gros tankers qui produisent une pollution maritime et atmosphérique. Avec la transition démocratique avec la fin du franquisme la régionalisation implique la perte de la condition de capitale de la Galice au profit de Saint Jacques de Compostelle, avec une perte d’emplois publics. Pendant la dernière décennie on voit la construction d’un nouveau port, hors de la baie historique, a l’ouest, en partie pour éviter les risques potentiels (les quais pétroliers sont relies a la raffinerie par un pipeline très proche des logements), mais dans une position intégrée dans l’agglomération. La présence dans l’agglomération du siège central d’Inditex, le groupe textile auquel appartient Zara, apporte une certaine stabilité pendant la crise actuelle.

Brest

Les premières références historiques a Brest correspondent a un camp romain vers la fin du IIIème siècle de notre ère. L’estuaire de la Penfeld constitue un bon port naturel pour les bateaux de l’époque.  En 1593 Henri IV accord a Brest le titre de vile, et en 1631 Richelieu établit un arsenal sur les rives de la Penfeld. La ville joue un rôle important dans la formation des grandes escadres qui contribuent a la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Au début du XIXème siècle le blocus naval anglais nuit a l’activité du port, qui remonte en puissance sous le second empire, avec le commerce maritime, l’arrivée du chemin de fer et la construction des ponts sur la Penfeld ; la croissance urbaine dépasse l’enceinte historique. L’augmentation des dimensions des bateaux mène a l’expansion du port hors de l’estuaire, avec la construction de nouvelles jetées. Pendant la deuxième guerre mondiale le port devient une base navale allemande et est bombardé par les alliés, avec la destruction d’une grande partie de la ville, reconstruite après. Avec la création de la Force Océanique Stratégique en 1972 les sous-marins nucléaires sont stationnés au sud de la rade, sur l’Ile Longue. La réduction des budgets militaires touche la ville.

Duluth

Duluth reçoit son nom du premier explorateur européen de la zone, un soldat français qui au XVIIème siècle est connu comme Sieur Du Luth. Les premiers habitants connus étaient les indiens Anishinaabe, qui jouent un rôle d’intermédiaire entre les français et autres tribus. Le commerce des peaux de castor fut une partie importante de ces échanges. Vers la moitié du XIXème siècle les mines de cuivre, des nouvelles écluses qui permettent l’arrivée de grands bateaux au lac Supérieur et les plans de construction des chemins de fer de liaison avec le Pacifique (configurant ainsi un port interocéanique) ont aidé l’expansion initiale de la ville. Le port et la ville ont grandi depuis par l’export de produits miniers (fer) et des céréales. La crise des industries lourdes traditionnelles à la fin du XXème siècle est en quelque sorte compensée par le tourisme et les services a l’agglomération.

Puerto Montt avait déjà une certaine population avant la conquête espagnole (le sud chilien a résiste l’intégration dans l’empire). Vers la deuxième moitié du XIXème siècle des colons allemands arrivent, et la ville est fondée en 1853. Le chemin de fer vers Osorno entre en service en 1912. Pendant la décennie de 1930 on construit des remblais et des chemins de fer, un quai d’accostage, et le dragage du canal de Tenglo est fait.  La ville devient en 1974 la capitale de la Xème région (Los Lagos). Des 1985 la production de saumon devient importante (et soumise aux aléas des épidémies de l‘espèce), avec d’autres activités plus traditionnelles du secteur primaire, comme l’agriculture, l’élevage ou la sylviculture. Le tourisme est devenu un atout de l’économie locale.

Biblio (74) Typologie des relations ville- port

Voici un article (publié en 2008 sur Cybergeo) de César Ducruet sur les liens entre dynamiques spécifiquement portuaires et dynamiques urbaines au sens large, analysées partant d’un échantillon de 330 villes de tous les océans. L’une des conclusions de ce travail est la singularité de l’Europe, un continent ou les villes port sont importantes, mais n’ont pas le contrôle des réseaux urbains, plutôt gouvernés par les grandes villes de l’intérieur (et spécifiquement la dorsale Londres- Milan).

Cartes 2014 (2) marinetraffic

Les cartes sont utilisées normalement pour décrire ce qui existe depuis un moment précèdent, ou pour définir ce qui peut exister à l’ avenir. Jusqu’à présent il était moins courant d’avoir une carte dynamique avec ce qui est en cours ; voilà ce que fait marinetraffic.com, en exploitant des données des systèmes d’identification automatique (AIS), obligatoires pour tout bateau de plus de 330 tonnes (ce qui fait que les bateaux plus petits ne soient pas sur la carte).

Ports lointains (3) Bidules

Ceux qui n’ont jamais vécu dans une ville portuaire souvent ne connaissent pas a quel point leur paysage est variable. Un bateau d’une certaine taille peut être plus long et plus haut que pas mal de bâtiments, et son profil peut changer avec l’arrivée de grandes masses de couleurs bien différentes a celles des édifices. Mais ce jeu n’est pas réservé aux bateaux.

Les ports sont, tout comme les cimetières, des zones ou l’architecture se décline dans un autre univers. Si dans les premiers l’esthétique peut parfois aller au-delà du permissible dans la ville des vivants, dans les ports l’idée de l’utilitaire prend le devant de façon directe, que ce soit pour ce qui est édifié ou pour le reste. Il y a des formidables exemples de halles portuaires qui apportent une belle architecture, mais la plupart sont plutôt réduites en ce sens a la portion congrue, et ça au mieux, avec une série de reformes et pièces ajoutées avec une chance variable. Quand on passe des éléments édifiés aux bidules mobiles, tout spécialement dans les ports de fret, un monde de véhicules, ponts et grues peut bien surprendre.

Nouvelle grue (gauche) et les precedentes, encore actives

Nouvelle grue (gauche) et les precedentes, encore actives

Il y a quelques jours, en passant a côté du port de La Corogne, j’ai vu une des nouvelles grues en mouvement. Il y a seulement quelques décennies les grues avec cabines en bois ont été substituées par des nouvelles grues en acier d’une taille plus grande, dont le déplacement était assuré, comme pour les précédentes, sur des rails de train. Et il y a peu près une décennie des nouvelles grues un peu plus grandes, se déplaçant sur pneus, sont arrivées. L’aspect des bidules quand ils changent de quai, se déplaçant très lentement, n’est pas sans rappeler, pour ceux qui auront vu le film « Moi, moche et méchant », la bagnole de Gru : hauts, avec un aspect permanent d’instabilité, et de jouet, au fond… malgré son poids énorme.

Le dôme protege certains produits en vrac du vent

Le dôme protege certains produits en vrac du vent

D’un autre coté, les installations pour la charge des vrac solides, dont la dispersion atmosphérique peut entrainer des crises d’allergie, ont une présence urbaine indéniable.

Aerial Lift Bridge, a Duluth

Aerial Lift Bridge, a Duluth

Quand les ports apparaissent sur des zones de circulation le besoin de ponts se pose, et avec lui celui d’arriver a des solutions complexes. A Duluth il y a un pont levis, connu localement comme Aerial Lift Bridge, qui est l’une des images caractéristiques de la ville. Il fut construit pour maintenir l’accès a la presqu’ile de Minnesota Point après l’ouverture d’un canal de navigation. Les premières années il fut un pont transbordeur (comme celui qui a existé un temps a Marseille), pour être plus tard transformé en un pont pour voitures avec une plateforme qui se déplace verticalement pour s’adapter au tirant d’air des bateaux. En plus, comme dans la plupart des ports de cette zone des grands lacs, ou le minerai de fer est l’une des charges les plus courantes, les dispositifs qui permettent le transport de ces charges des trains aux bateaux sont impressionnants (ce qui est bien visibles sur cette video d’un port de Michigan http://www.youtube.com/watch?v=rzWwTOt39Es&list=PL7eOOJxsVrlgY0de0Osk7DTF8l2r9ksOb&feature=share&index=3). Il y a des installations similaires (pour la plupart elles ne sont plus en service) en Espagne, comme a Huelva ou Almería.

Brest a aussi un pont levis, celui de Recouvrance, avec une structure plus contemporaine. C’est le premier centre français de réparation navale, et donc il est courant de voir une importante activité avec des grands bateaux ; étant un port avec une importante fonction militaire, il y a d’autres « jouets », mais pas toujours visibles.

Image du port de Puerto Montt (empormontt.cl)

A Puerto Montt le port a une présence un peu moindre de ce genre de bidules ; il faut se contenter de voir au fond les volcans des Andes (ce qui n’a pas tellement de parallèle sur les autres trois   ports…)

Ports lointains (2) Paysage et climat

Le paysage de ces quatre villes est marqué par sa cote découpée, le relief, la géologie et la végétation.

Brest se place sur une falaise de quelques 40 m de hauteur qui domine la rade du même nom, ayant comme limite de sa zone centrale l’estuaire de la Penfeld, germe du port. Il n’y a que quelques zones dans les pourtours ou la hauteur dépasse les 60 mètres ; la cote est marquée par des falaises, mais pas par des grandes montagnes ou collines. Les cours d’eau marquent le territoire par leurs vallées.

Duluth est au point de contact des collines de la rive nord du Lac Superieur et des plaines qui s’étendent au sud et le long de l’estuaire de la rivière Saint Louis. Le site de la ville est sur un terrain compliqué, avec une pente raide et une genèse volcanique, ce qui n’aide pas les chantiers d’excavation, et a compliqué la construction de la voirie et les bâtiments. Le relief (quelques 200 m de dénivellement entre le rivage du lac et les points les plus hauts, a peine a 2 km vers l’intérieur) a contribué a une scène visuelle intéressante, qui attirait des touristes déjà vers 1880. Les ravins qui vont vers le lac ont formé les limites naturelles entre les quartiers de la ville. Le port est derrière la barre de l’estuaire de la rivière Saint Louis, et la ville a colonisé les rivages du lac et l’estuaire, tout comme l’intérieur.

La Corogne est sur l’extrémité occidentale du Golfe Artabre, l’ensemble de rias qui arrive jusque a Ferrol au Nord. C’est une succession de collines pas très hautes, sauf sur les transitions vers la mer ouverte, comme sur le Monte de San Pedro. La ville est apparue au début sur l’extrémité orientale d’une presqu’ile relié a la terre ferme par un cordon de sable plutôt étroit, et pendant le XXème siècle elle a débordé les zones de plaine pour monter sur les collines au sud et avancer sur le nord de la presqu’ile. Il y a une anse de chaque côté de la presqu’ile, avec le port sur l’orientale.

Sur Puerto Montt, les zones orientales de la commune dépassent les 1.000 m de hauteur, mais la ville est a des niveaux plus bas. Le port est sur une pente plutôt douce vers la cote, interrompue par un talus important qui arrive aux 100 m de hauteur. Ceci permet des belles vues sur le Seno de Roncagua, la grande baie qui prolonge vers le sud la vallée centrale chilienne et sépare la base des Andes de l’ile de Chiloé. Le port occupe le canal entre le continent et l’ile Tenglo.

Le climat de ces quatre villes est, pendant leurs étés (Puerto Mont est sur l’hémisphère sud), assez similaire ; il est difficile d’aller au delà des 25º C, et la pluviosité est plutôt haute. Seulement Duluth voit couramment la neige et les températures en dessus de zéro pendant plusieurs semaines, et donc s’est équipé avec des passerelles piétonnes conditionnées.

Ports lointains (1) Un echantillon

La Corogne, Brest, Puerto Montt et Duluth: quatre villes moyennes (agglomérations entre 200.000 et 400.000 habitats) qui sont normalement caractérisées comme des ports, et qui sont plutôt éloignées des zones centrales de leurs pays. Janvier sera sur ce blog le mois des ports lointains, dans la série des villes moyennes.

La Corogne est un port important et le centre d’une aire métropolitaine qui structure l’axe atlantique galicien. Brest est la ville la plus peuplée de l’Ouest breton et un port stratégique qui a payé les conséquences de cette condition. Puerto Montt est la porte vers la Patagonie chilienne, et Duluth est la fin des grands lacs d’Amérique du Nord et le point le plus froid des quatre ; dans ce dernier cas, une position relativement centrale en termes géométriques permet tout simplement de rappeler que la géographie est quelque chose de bien plus complexe.

Sans doutes des paysages et conditions diverses, mais avec des similitudes : cotes découpées, rocheuses et avec des collines et montagnes proches.

Biblio (73) Nourriture et territoire en Suisse

Il y a quelques mois ce site a publié une série d’articles sur la question de la souveraineté alimentaire et des visions différentes sur la matière. Ce fut un succès (en comparaison avec le statistiques générales du site, plutôt maigres…), et une récente conversation avec une nouvelle amie (Marta) m’a appris que la question est toujours d’intérêt pour beaucoup de monde, et pas seulement les agriculteurs.

La plupart des pays qui ont une loi sur l’utilisation du sol reconnaissent la nourriture comme un besoin social essentiel qui justifie la restriction des usages possibles des sols ayant les meilleures qualités. Ceci semble évident, mais est souvent oublié grâce a nos frigos et la puissance de la logistique agro-alimentaire ; l’agriculture est devenue un parmi les possibles usages du sol, soumis aux forces du marché et a la recherche d’un bénéfice annuel (ou de la simple survie). C’est souvent une phrase qui doit être appliqué a l’échelle de planification locale, et donc on est souvent loin d’avoir des critères homogènes et cohérents sur les grands territoires, et aussi d’avoir un contrôle satisfaisant de la mise en pratique.

Les suisses, avec leur tradition de neutralité et la présence dans leur entourage de voisins forts dont l’amitié n’a pas toujours été garantie, ont pris au sérieux l’idée de la souveraineté alimentaire pour nombre de raisons, y compris les crises ; ceci n’implique pas que le pays soit indépendant en termes agroalimentaires, plutôt qu’ils sont attentifs a l’évolution des terres agricoles. Ils ont donc fait un plan sectoriel qui aborde cette matière avec une démarche préventive : il n’y a pas une obligation de mise en culture de ces sols (surfaces d’assolement, selon la loi suisse), mais des restrictions a sa transformation. Une lecture intéressante, surtout si on la met en relation avec l’experience des dix premieres années d’application a ‘echelle cantonale, qui a fait l’objet d’un rapport.

Cartes 2014 (1) OSM

Je l’ai déjà dit : j’aime les cartes. Ce sont des histoires qui peuvent être lues en plusieurs directions, et voilà une raison pour leur accorder une place d’honneur.

Pour commencer cette série, le rapport de http://www.mapbox.com (https://www.mapbox.com/osm-data-report/) sur l’activité d’ openstreetmap en 2013. Cette formidable source de données (utilise souvent sur ce blog) permet des voyages intéressants; elle n’apporte pas nécessairement plus de données que google maps ou des systèmes similaires,  mais permet de télécharger ces données dans des formats réutilisables (tout particulièrement shp), que ce soit a partir de geofabrik ou d’autres sites comme cloudmade ; des logiciels libres comme gvsig ou qgis permettent de travailler ces données (quelques notions de cartographie aident beaucoup)