Mois: juin 2013

Dignity Village

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Dignity Village est un camp pour SDF établi par la ville de Portland, état de l’Oregon. C’est un espace qui a des parallèles avec les zones d’accueil pour nomades de certains pays européens comme la France (quoique dans ces derniers il y a normalement un espace pour des roulottes), ou a une forme plus organisée et contrôlée des petites bidonvilles (núcleos chabolistas) qu’il y a sur certaines villes espagnoles, la des cas d’illégalité.

Il y a des expériences similaires sur plusieurs villes américaines, comme montre ce rapport de la National Coalition for the Homeless. Elles peuvent commencer comme une cité de tentes de campagne plus ou moins spontanée, que les autorités reconduisent plus tard sur un site contrôlé, avec un régime de fonctionnement un peu similaire a celui d’un camping. C’est similaire a un bidonville du fait qu’il n’y a pas de rue, mais tout simplement des bâtiments précaires.

Les bidonvilles les plus nombreuses dans l’histoire recente des Etats- Unis, les Hoovervilles (ainsi appelées par le president Hoover, dont le mandat a vu le debut de la grande depression), ne semblent pas avoir laissé des traces ; mais dans le temps une partie de Central Park fut occupée.

Le bidonville de Noisy

Image prise sur http://www.un-titled.fr/2011/05/au-dela-du-periph/. Ce bidonville de Noisy est, en fait, "amelioré" par l'action de l'Abbée Pierre, un pretre qui a pris l'action contre la crise du logement et acquis une presence propre dans la culture française.

Image prise sur http://www.un-titled.fr/2011/05/au-dela-du-periph/. Ce bidonville de Noisy est, en fait, « amelioré » par l’action de l’Abbée Pierre, un pretre qui a pris l’action contre la crise du logement et acquis une presence propre dans la culture française.

En France, un bidonville etait un lotissement de fortune construit avec des planches de tolle, surtout pendant les decennies de 1950 et 1960, couramment associé a des immigrés du bassin mediterranéens mais aussi avec des populations françaises. L’image superieure est d’une commune a 13 km a l’est de Paris, que je connais raisonablement. Ce bidonville a disparu, comme le montre l’image superieure, en grande partie a cause des politiques de logement social du pays pendant l’epoque.

Puente de Vallecas (Madrid)

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Puente de Vallecas apparait comme faubourg a la fin du XIXème siècle, profitant de l’”effet frontière”: déjà en terres de la municipalité de Vallecas, on pouvait encore faire certaines choses qui n’étaient plus possibles dans une municipalité de Madrid qui construisait son extension réglée, et qui finissait sur le ravin d’Abroñigal. La zone s’est appuyée pour sa croissance sur l’actuelle Avenida de la Albufera, qui était alors la route de Valence. 100 ans après, le ravin a été substitué par l’autoroute M-30, et ce qui était un pont sur son cours est aujourd’hui le viaduc d’une autoroute sur l’avenue qui structure encoure la zone.

Puente de Vallecas est informel par rapport a la ville réglée du XIXème siècle, mais pas tellement illégal, car en ce moment les lois d’urbanisme était presque inexistantes. Mais les logiques de construction de cet espace sont très précaires : rues étroites, sans une grille logique, toujours cherchant le plus grand nombre de parcelles. C’est une destination pour des populations rurales qui, quoiqu’encore en petit nombre, commencent a arriver a Madrid sans pouvoir se payer un logement dans la ville.

Un siècle plus tard, et même si il y a eu des opérations de logements plus régulières, et des actions d’infrastructure, et toutes les rues sont pavées et ont l’eau, les égouts et tous les services, l’origine informelle est encore visible. Les habitants fraichement arrivés des alentours de Madrid ont laisse la place aux andalous ou des castillans, et ceux-ci ont a leur tour laisse, pendant la dernière décennie, leur place a des sud-américains, des nord-africains ou, simplement, des madrilènes qui ne peuvent plus former un ménage dans le centre. Il y a plus de délits que dans d’autres zones de Madrid, mais c’est quand-même l’Europe et le niveau de sécurité n’est pas tellement inferieur a celui du centre. Et le revenu par tête est inferieur a la moyenne. Le prix (relativement bas) du foncier a mené a une concentration de logements sociaux supérieure a la moyenne, et le logement libre fait des contorsions pour arriver a construire un programme moderne (notamment les garages) dans des micro-parcelles. Le quartier, en plus, se densifie assez. Mais par contre les transitions entre habitants ont été graduelles, avec peu de relogements forcés. Et la diversité s’accroit, ce qui réduit la marginalité car, en termes métropolitains, c’est maintenant presque un emplacement central.

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La rue Doctor Salgado est un exemple de la difficulté de transformer un tissu de ce type seulement par le changement de l’alignement. Passer d’un peu moins de 6 m a un peu plus de 15 prend des décennies. La rue reliera, quand elle sera totalement ouverte (encore un ilot a ouvrir), le marché de Doña Carlota (A) au Nord avec l’Avenida de la Albufera.

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L’Avenida de la Albufera, avec un peu moins de 23 m de large, est l’axe central de la zone. La crise économique touche a son activité commerciale.

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L’ilot qui bloque l’ouverture. Le batiment a gauche atend depuis des decennies l’ouverture de la rue…

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Un ensemble de logements sociaux de l’apres guerre, dans la partie nord de la rue

Biblio (46) Le manuel d’urbanisme pour les quartiers précaires

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Le titre est en soi même un paradoxe qui serait cher a G.K . Chesterton, et d’avantage encore si l’on change le dernier mot par ce qu’il veut vraiment dire ; c’est un manuel d’urbanisme pour faire des lotissements illégaux. L’urbanisme est né pour faire possible un cadre de vie de qualité pour l’ensemble de la population. Et c’est bien a cause de ceci que ce livre est a la fois une aberration et un besoin total, dépendant du juge.

Le manuel apparait en Argentine, un pays qui n’est pas pourtant le plus mal loti en la matière en Amérique Latine ; c’est peut être l’une des raisons pour qu’une équipe de la Faculté d’Architecture, Design et Urbanisme de l’Université de Buenos Aires dirigée par Viviana Asrilant, en face des problèmes rencontrés depuis des décennies pour résoudre cette situation,  puisse se demander sur le bienfondé d’une telle initiative. Apparemment la publication a eu des aides du Ministère de l’Education Publique.

Le manuel est structuré suivant cet index, qui semble considérer comme une donnée de base l’existence d’un groupe organisé de futurs habitants :

1-        A qui sert ce manuel

2-        Comment construire mon quartier

3-        Comment légaliser mon quartier. Voie légale vers la régularisation des domaines.

4-        Chemins pour accéder au logement.

5-        L’organisation et la dynamique de groupe

6-        Annexes.

En apparence (je ne connais pas les lois argentines pour pouvoir juger en détail) il y une approximation sérieuse des options en chaque cas, y compris les indications sur l’illégalité de certaines actions.

Je ne crois pas que celle-ci soit une solution pour ces problèmes  ; je ne crois pas que l’illégalité et les conflits avec la propriété soient une bonne voie nulle part. Confronter les consequences de l’illegalité peut etre bien plus dur pour soi même et sa famille que ça peut en avoir l’air. Ce manuel est probablement plus proche de l’idée d’urbanisme open- source (ou le manuel du hacker) que nombre de produits européens et  d’Amérique du Nord. Et un produit open source ouvre un champs, mais ne le fait pas moins complexe malgre l’apparence.

Cette publication pose aussi une question additionnelle, surtout après deux semaines parlant de quelque chose d’aussi simple en apparence, mais si complexe, comme montre le manuel, que les rues et leur conception et exécution. Aujourd’hui il y a un certain engouement au niveau mondial pour ce genre de quartiers parmi les urbanistes et autres spécialistes, parfois avec une fascination qui semble plus esthétique que le résultat de l’expérience vitale en ces conditions. Et s’il est intéressant de voir comment marchent les programmes pour résoudre ces problèmes dans des villes qui semblent avoir un succès, comme Medellin ou Rio de Janeiro, il est peut être encore plus intéressant de voir comment les choses ont été faites dans les pays ou elle est sensée l’être avec le passage des décennies.  Parce que pour chaque favela ou slum africain il y a eu possiblement un poblado chabolista dans l’Espagne d’après la guerre civile, une Hooverville pendant la grande depression americaine, un bidonville français pendant les trente glorieuses ou autres exemples dans des pays plus avancés.

La place de Felipe II a Madrid

Felipe II

 

Au commencement, il y avait des arènes, et une large, mais courte avenue qui leur accordaient une présence (des arènes dans un ilot d’une grille, voila une difficulté pour leur accorder une place choix). Mais les arènes ont disparu, pour laisser la place a quelques logements et un palais des sports (D sur le plan).

Les grands magasins sont venus (il y a deux grands centres de El Corte Ingles sur A et B sur le plan) et les voitures aussi. Pendant la decennie de 1970 il y avait encore des voitures en circulation, comme sur une avenue normale. Quelqu’un a eu l’idée de faire un parking souterrain, et vers la fin des années 1980, de faire pietonne cette avenue qui, en verité, ne menait nulle part. On est même allé jusqu’à commander a Dali une sculpture…

Avec un parking souterrain, la place ne pouvait se permettre des arbres que sur ses flancs ; ce n’est pas vraiment une question étrangère a la culture de la Castille, mais en vérité l’été madrilène faisait la vie dure sur cet espace, si proche d’une grande centralité commerciale bien reliée (pole d’échanges des transports en commun sur C sur la carte). Il y a quelques 10 ans le bruit courrait déjà sur la volonté de civiliser cet espace, et finalement il y a peu de temps le projet de Patxi Mangado a été finalisé. Les surfaces ont été rénovées et quelques arbres ont été placées sur la partie occidentale, dans des plateformes élevées sur la dalle du parking.

Il est possible d’avoir des arbres sur un parking ; mais c’est plutôt complexe, et l’évolution a long terme de ce genre d’espaces centraux dans les villes est plus compromis que ça en a l’air.

Un arbre avec les racines vraiment en terre, sur les marges de la place. La grille est plutot restrainte en surface...

Un arbre avec les racines vraiment en terre, sur les marges de la place. La grille est plutot restrainte en surface…

Vue depuis l'ouest vers le palais des sports

Vue depuis l’ouest vers le palais des sports

Les arbres sur la dalle. Les elements carrées sur les surfaces en granit sont une "solution" pour eviter les degats des skaters...

Les arbres sur la dalle. Les elements carrées sur les surfaces en granit sont une « solution » pour eviter les degats des skaters…

Les arbres sur la dalle

Les arbres sur la dalle

La place, vue depuis la sculpture de Dali vers l'ouest.

La place, vue depuis la sculpture de Dali vers l’ouest.

La sculpture de Dali, pres du Palais des Sports.

La sculpture de Dali, pres du Palais des Sports.

Le bord nord de la place, aux abord d'El Corte Inglés

Le bord nord de la place, aux abord d’El Corte Inglés

Calle Sánchez Barcaiztegui

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La rue Sánchez Barcaiztegui a Madrid a quelques 600 m de long, mais la partie dont je vais parler n’a que quelques 200 m. Un supermarché, plusieurs commerces, plein de voitures, et des arbres avec des branches plutôt restreintes par rapport a la densité et hauteur de la rue. Est-ce que ces arbres sont cohérents pour cette rue ? (c’est une question, pas du tout rhétorique, car théoriquement ces arbres devraient grandir).

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Lerma. La place

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Lerma est une petite ville (2.886 habitants) dans le nord de la Castille. Elle joue un rôle structurant sur un chapelet de petites municipalités rurales. Jadis, il y avait un Duc  puissant (il n’y a qu’a voir son palais) et la grande place (Plaza Mayor) subsiste a sa manière de Castille : en sobriété. Le Palais du Duc est dominant en volume (c’est aujourd’hui un Parador, c’est-à-dire, un hôtel haut de gamme dans le cadre d’une chaine d’état), tandis que le reste de la place est bien plus modeste en termes d’architecture. La place est pavée avec des galets. Sur une ville plus grande, je serais totalement contre la présence de voitures sur cette place ; mais dans une ville de cette taille, je crains qu’ils contribuent en fait a la vitalité de ce petit centre. C’est sur, ce n’est pas l’esthétique de choix, mais la vie provient ici des gens qui passent, même si ce n’est que pour aller se farcir un gigot….

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Le Palais Ducal

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La place depuis la porte du Palais Ducal

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Agrandissement de l’image précedente. Remarquez le panneau numerique a gauche, tout comme la collecte separative en bas de l’immeuble

Calle Serrano (Madrid)

1,3 km de centralité madrilene, avec 31 m de largeur

1,3 km de centralité madrilene, avec 31 m de largeur

Serrano est l’une des voies structurantes du barrio de Salamanca, l’extension de Madrid au XIXeme siecle qui est aujourd’hui l’une des centralités les plus puissantes de la ville en termes économiques et d’image représentative. C’est une rue avec une grande concentration de commerce de biens d’achat occasionnel (sauf si votre revenu est treeeees aisée…), avec pas mal de boutiques de luxe, et aussi des bureaux de haut niveau. Sa position près de la Castellana, mais avec une largeur bien plus favorable au développement du commerce et autres activités, et une présence importante du commerce aussi sur les rues adjacente, depuis le luxe d’Ortega y Gasset a des offre un peu plus stratifiées en prix, mènent a une concentration comparable a celle d’un grand centre commercial de périphérie. L’un des tronçons les plus intéressants, même asymétrique (pas de façade a l’ouest) est celui de la place de Colón, qui concentre certaines des boutiques les plus exclusives (et les photos de ce post…)

La calle Serrano a fait l’objet d’une reforme intensive de son aspect, fini en 2010 ; des places de parking en surface ont été éliminées (avec création d’un grand parking souterrain), une voie cyclable a été incorporée sur le trottoir, et le design des surfaces, grilles d’arbre, bancs et autres éléments est spécifique.

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